À quel âge donner un téléphone à son enfant ?

À quel âge donner un téléphone à son enfant ?

Parentalité · 6 min de lecture

À quel âge donner un téléphone à son enfant ?

Un rapport remis à l'Élysée a fixé un âge. Il n'a pas répondu à la vraie question que se posent les parents.

Un enfant seul sur un canapé, absorbé par l'écran d'un smartphone
En France, le premier smartphone arrive en moyenne à onze ans.

La question ne se pose jamais au bon moment. Elle arrive un mercredi, dans la voiture, entre le sport et les devoirs : « Tous mes copains en ont un. » Et vous n'avez pas de réponse préparée, parce que personne ne vous a jamais dit à quel âge on est censé céder.

Depuis 2024, il existe au moins un repère officiel. Il mérite d'être lu en entier, parce qu'il dit quelque chose de plus intéressant qu'un simple âge.

Ce que recommande la commission Écrans

Le 30 avril 2024, dix experts — psychiatres, neurologues, sociologues, épidémiologistes — ont remis au président de la République un rapport intitulé Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu. Près de cent quarante pages, trois mois d'auditions, une trentaine de propositions.

Sur le téléphone portable, la commission trace une progression en quatre paliers.

Les quatre paliers recommandés
Avant 11 ans

Pas de téléphone portable.

11 ans

Entrée au collège. Un téléphone devient envisageable, à condition qu'il ne permette pas de se connecter à internet.

13 ans

Un téléphone connecté, mais sans accès aux réseaux sociaux.

15 ans

Majorité numérique. Les réseaux sociaux, et encore : uniquement ceux dont la conception est jugée éthique.

Le détail qui compte est au deuxième palier. La commission ne dit pas « pas de téléphone avant 13 ans ». Elle dit : un téléphone peut arriver à 11 ans, à condition qu'il ne donne pas accès à internet.

Autrement dit, ce que les experts identifient comme le problème, ce n'est pas l'objet. C'est le tuyau qui va avec.

Pourquoi 11 ans, et pas 8 ou 13

Onze ans, ce n'est pas un seuil biologique. C'est la sixième. Le moment où l'enfant change d'établissement, prend souvent les transports, se retrouve pour la première fois hors du périmètre que vous contrôlez.

C'est aussi, dans les faits, l'âge moyen auquel un enfant reçoit son premier smartphone en France. La commission n'a donc pas déplacé la ligne : elle a validé l'usage existant, en y ajoutant une condition que presque personne n'applique.

Parce qu'en pratique, le téléphone offert à l'entrée en sixième est un smartphone complet. Avec navigateur, boutique d'applications, appareil photo, et la possibilité pour n'importe qui d'entrer en contact.

Entre 6 et 11 ans, la zone que personne ne couvre

Voilà le vrai angle mort.

Un enfant de huit ans ne va pas au collège. Mais il rentre parfois seul de l'école, va chez un copain à trois rues, traîne au parc le mercredi après-midi, reste une heure seul à la maison avant que vous ne rentriez.

Pendant ce laps de temps, vous n'avez aucun moyen de savoir s'il est arrivé. Et lui n'a aucun moyen de vous joindre.

Deux enfants rentrent seuls de l'école dans une rue résidentielle
Le besoin n'apparaît pas au collège. Il apparaît le jour où l'enfant rentre seul.

Le rapport ne traite pas cette situation, parce que ce n'est pas son sujet : il évalue l'impact des écrans sur le développement, pas les questions logistiques du quotidien familial. Mais c'est précisément là que la plupart des parents craquent — non pas parce qu'ils veulent offrir un écran, mais parce qu'ils veulent un lien.

Le besoin n'est pas de connecter l'enfant. Il est de pouvoir le joindre.

Téléphone, ou juste joignable ?

Ce sont deux besoins différents, et on les confond systématiquement.

Être joignable, c'est pouvoir appeler et être appelé par une poignée de personnes choisies. Savoir que l'enfant est bien arrivé quelque part. Pouvoir déclencher une alerte s'il y a un problème. Ce besoin existe dès que l'enfant se déplace seul — donc souvent dès sept ou huit ans.

Être connecté, c'est avoir accès à internet, aux applications, aux vidéos, aux messageries ouvertes, aux notifications de gens qu'on ne connaît pas. Ce besoin n'existe pas. Il est créé.

La commission Écrans, sans le formuler ainsi, sépare exactement ces deux choses en autorisant à 11 ans un téléphone sans internet. Reste que ce téléphone-là n'existe quasiment plus dans le commerce.

Quatre questions avant de dire oui

Si la demande arrive et que vous hésitez, ces quatre questions valent mieux qu'un âge.

  1. Qu'est-ce qu'il ne peut pas faire aujourd'hui, faute d'appareil ? Si la réponse est « me prévenir qu'il est arrivé », le besoin est réel. Si c'est « avoir TikTok comme les autres », c'est un autre sujet.
  2. Qui pourra entrer en contact avec lui ? Sur un smartphone, la réponse est : tout le monde. C'est rarement ce qu'on a en tête au moment d'offrir l'appareil.
  3. Qui décide de ce qu'il y a dessus ? Un appareil dont l'enfant peut installer le contenu n'est plus le même objet six mois plus tard.
  4. Est-ce que je peux revenir en arrière ? Retirer un smartphone à un enfant qui en a eu un est un conflit. Ne pas le donner tout de suite n'en est pas un.

Et à l'école ?

Depuis la rentrée 2018, l'usage du téléphone portable est interdit dans les écoles et les collèges. L'interdiction porte sur l'usage, pas sur la possession : l'appareil peut être dans le cartable, il doit rester éteint.

C'est une contrainte à intégrer avant l'achat, quel que soit l'appareil choisi. Un objet qui reste allumé en classe finit confisqué.

Notre position

Nous ne fabriquons pas de smartphone, et nous ne pensons pas qu'un enfant de huit ans en ait besoin.

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Ce n'est pas un premier téléphone déguisé. C'est ce qui permet d'en repousser un.

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Sources Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu, rapport de la commission d'experts remis au président de la République le 30 avril 2024 — synthèse officielle sur info.gouv.fr. Interdiction du téléphone portable à l'école et au collège : loi n° 2018-698 du 3 août 2018, article L. 511-5 du code de l'éducation.